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Ivan Generalic (1914-1992) – Mort en bière


 

Generalic Ivan, Mort en bière, 1970

Generalic Ivan, Mort en bière, 1970

 

Ivan Generalic est l’un des plus importants artistes naïfs d’Europe de l’Est. Il est né en 1914, dans le petit village de Hlebine, en Croatie, où il resta toute sa vie. Avec deux autres artistes, Franco Mraz et Mirko Virius, il est à l’origine de l’école de Hlebline, qui influença de très nombreux artistes naïfs dans toute l’ex-Yougoslavie. Il a exposé pour la première fois en 1931 ; ses œuvres ont connu un succès international.

 

Ivan Generalic aimait travailler les paysages, les campagnes qui sont son cadre de vie. Paysan de son état, il gardait avec la terre un lien très fort, presque viscéral, qu’il exprimait dans ses compositions. Il aimait également peindre les mariages, les enterrements, ces moments importants de la vie quotidienne, « tout ce qui rend les gens heureux ou tristes ».

 

Au-delà d’un simple désir de représenter son environnement, il faisait de sa peinture une arme lui permettant de dénoncer les injustices sociales et les pressions économiques exercées sur son peuple, ce qui lui valut d’être arrêté alors qu’il était jeune homme, et battu par les forces de l’ordre. Dès sa libération, il se remit pourtant à peindre, encourageant ceux qui l’entouraient à faire de même.

 

Son œuvre, Mort en bière, est une peinture fixée sous verre, comme la plupart des oeuvres de Generalic. Il s’agit d’une pratique artistique très difficile à maîtriser, grâce à laquelle l’artiste peint directement sur une plaque de verre, qu’il retourne ensuite. Cette technique permet une grande finesse des traits ; la brillance et la transparence des couleurs, qui donnent une poésie certaine à l’oeuvre, ont fait la renommée de l’artiste.

 

Un homme meurt, et en sa mémoire, ses héritiers lui payent un service funèbre à l’église. Le prêtre et le peuple prient, tandis que la bière couverte du drap funèbre a été placée au milieu de l’église. Enfant, je me suis souvent demandé ce qui se trouvait sous ce drap. Etait-ce le corps de l’homme ou son âme pour laquelle on disait la messe ? En peignant ce tableau, j’ai omis le drap pour montrer ce qui se trouvait dessous : un mort seulement. J’ai mis des cierges parce qu’il y en a toujours ; quant à l’armoire rouge et aux fleurs bleues, je les ai mises parce que je voulais une forme de vie près du mort. J’ai rempli l’espace dans le coin gauche par un saint. Naturellement, un cadavre ne peut être que jaunâtre, et cette couleur m’a servi à rendre l’ensemble plus intéressant en mettant en évidence l’obscurité propre à toutes les églises. (Le Monde magique d’Ivan Generalic, Nebojsa Tomasevic, Albin Michel, 1976)