Musees de Laval » Gertrude O’Brady – Autoportrait



Gertrude O’Brady – Autoportrait


 

O'Brady Gertrude, Autoportait, 1939

O’Brady Gertrude, Autoportait, 1939

 

 

Anatole Jakovsky, le théoricien de l’Art Naïf, a dit d’elle qu’elle était certainement l’un des plus grands artistes naïfs depuis le Douanier Rousseau. Gertrude O’Brady était une artiste américaine, auteure d’une production naïve foisonnante dans les années 1930 et 1940.

 

O’Brady a passé les trente premières années de sa vie en Amérique, sans manifester aucun talent ni intérêt pour l’art. À trente-trois ans, elle découvrit qu’elle était malade : elle comprit alors qu’elle voulait donner un réel sens à sa vie, qu’elle désirait imprimer sa marque dans le monde. Elle partit à Paris, où au hasard de ses rencontres artistiques, elle devint amie avec Anatole Jakovsky, le théoricien de l’Art Naïf. Celui-ci lui offrit au cours d’une promenade une boîte de peinture : ce fut une révélation.

 

Elle commença à peindre, consacrant les années suivantes à cet art qu’elle ne connaissait pas, et qui lui permettait pourtant d’exprimer tout ce qu’elle portait en elle. Pendant la guerre, elle fut emprisonnée au camp de Vittel ; elle réalisa pendant sa détention une série de portraits, très réalistes, souvent cruels. Ces années marquèrent profondément son œuvre postérieure. Elle connut le succès, exposant dès 1945 ; elle arrêta de peindre très vite, à la fin des années 1940, quittant la France pour l’Italie, et sombra presque aussitôt dans l’oubli.

 

Gertrude O’Brady était une artiste obsédée par le temps qui passe : elle ressentait le besoin d’immortaliser chacune des images qu’elle aimait, les rues animées, les paysages d’été, tout ce qu’elle craignait de voir disparaître dans ce monde en bouleversement du milieu du 20e siècle. Autre indice de cette obsession du temps : la série de portraits, et surtout d’autoportraits, qui représente une part importante de sa production.

 

Pour l’Autoportrait, la photographie a été une grande source d’inspiration : le buste est présenté de face, le fond est sombre, de telle façon que toute l’attention converge vers le modèle. Gertrude O’Brady, toujours pétrie de cette crainte de sombrer dans l’oubli, veut immortaliser ses propres traits, et laisser une trace de son passage sur terre. Mais plus qu’une recherche purement réaliste, l’oeuvre contient une vie intérieure intense : le regard est lointain et pensif, les traits sont figés. La douceur des couleurs vient contrer la mélancolie de l’ensemble. L’artiste, en 1939, pose sur elle-même un regard étonné et étonnant. Ce regard disparaîtra dans les autoportraits d’après-guerre : n’apparaitront plus qu’un visage marqué et un regard dur et fermé,  témoins des épreuves vécues.