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Eva Lallement (1916-1991) – Les Barques


 

Lallement-LesBarques

Eva Lallement, Les Barques, 1976 – 190 x 291 cm,

 

Eva Lallement est née en 1916, en Bessarabie (région rattachée à la Roumanie en 1918), dans une famille juive ; en 1924, elle fuit avec ses parents le fort antisémitisme roumain, et s’installa en France. Les traumatismes subis influencèrent fortement son travail d’artiste.

 

Eva Lallement fut veuve très jeune : mariée à vingt ans, elle perdit son époux, Pierre, tué pendant la guerre, alors qu’elle était âgée de vingtquatre ans. En 1949, elle rencontra un autre homme, avec qui elle s’installa en Vendée, et ouvrit une auberge.

 

Lallement se mit à peindre tardivement ; amie de l’artiste Jules Lefranc, c’est sur ses conseils qu’elle commença à pratiquer en 1959, prenant rapidement de l’assurance. Elle peignait, puis finit par oser la sculpture. Elle entretint rapidement des relations avec des artistes, comme le sculpteur Martel, et avec plusieurs conservateurs de la région. Sa première exposition eut lieu en 1961 ; c’est cette année-là que sa fille unique, Monique, mourut dans un accident. Cette perte la marqua profondément, et affecta l’ensemble de son oeuvre postérieure.

 

Eva Lallement livre une oeuvre tourmentée, dans laquelle la couleur noire souvent domine. Ses peintures, fascinantes, déroutantes, parlent du voyage, du temps qui passe, de la vie qui s’achève. Ses sculptures révèlent une personnalité torturée, obsédée par cette question de la mort, comme dans Enfant mort, où la mère tient sur ses genoux, dans une pietà déchirante, son fils inanimé.

 

Dans Les Barques, trois couples se tiennent debout, immobiles dans des barques noires. Les corps des hommes et des femmes, schématisés, sont presque interchangeables : troncs sans bras, épaules tombantes, visages parfois inclinés mais présentés toujours de face. Les hommes portent des chapeaux noirs, les femmes des coiffes blanches ; presque tous ont un col blanc. La blancheur des cols et des coiffes contraste violemment avec le noir omniprésent, sans parvenir à éclairer le paysage plongé dans la nuit.

 

Il n’y a pas d’échappée possible. L’œuvre de Lallement se veut une image de la condition humaine : les yeux aux orbites noires et creuses de ces hommes et de ces femmes qui nous dévisagent, nous renvoient l’angoisse qui étreint chacun devant la barque du dernier voyage.